+ + Booty La La + +


Punk & Bass
October 1, 2006, 9:19 pm
Filed under: Drum & bass, Electro, Interviews

johnb.jpg 

Electro, drum & bass, trance, punk : voilà les terrains de jeu favoris de John B, activiste du beat depuis près de 10 ans et DJ de renommée mondiale. Injustement boudé par les médias, ce britannique chevelu de 26 ans perpétue envers et contre tous un style unique, où partouzent allégrement synthé 80’s, hard rock guitars et amen breaks. Mais d’où sort ce type ?

Tu as commencé ta carrière avec la drum & bass. Comment vient-on à cette musique après 8 années de conservatoire ?
En écoutant la radio. Les premières radios pirates ont eu l’effet d’une grosse claque. J’ai ensuite commencé à acheter mes premiers disques, mix tapes, etc, le schéma habituel. A cette époque, j’écoutais beaucoup de jazz, de synth music du style Jean-Michel Jarre, Walter Carlos. La drum & bass fut selon moi la version contemporaine de ces genres, à la sauce dancefloor. J’étais vraiment captivé.

On qualifie aujourd’hui la drum & bass de style “trop figé”. Tu sembles être pourtant l’un des producteurs le plus créatif en la matière, avec un style proche du surréalisme, n’hésitant pas à croiser des genres tels que la trance et le rock dans tes productions. Comment te situes-tu dans cette musique ?
Disons que j’essaye de faire de la musique sans m’enfermer dans des règles pré-établies. Je suis curieux de tout, j’écoute de tout, je ne renie pas mon passé pop et j’essaye d’inoculer dans mes productions les éléments qui feront danser les gens. Je suis quelqu’un de fasciné par la musique des années 80. Le son de cette époque avait quelque chose de naïf mais terriblement efficace. L’appliquer à la drum & bass est très excitant, et c’est vrai qu’il est dommage que je soit l’un des seuls dans cette musique à en faire autant. Ceci dit, beaucoup de producteurs jungle / d&b revendiquent leurs racines hip hop, ce qui n’a jamais été mon truc. Ceci explique peut-être cela…

Quel est ton regard sur la scène drum & bass aujourd’hui ?
Une scène vivante, qui devient de plus en plus populaire. Les labels sont nombreux, et les producteurs sont de plus en plus talentueux. Cependant, le dancefloor a trop été la finalité ultime de cette musique à mes yeux : beaucoup de disques sortent avec un schéma de construction intro-développement-conclusion, qui peut apparenter les prods d’aujourd’hui à de simples dj tools dédiés au club. C’est un peu dommage. Trop de règles dans un style musical peuvent le tuer. Il y a de la place pour toutes influences, tout styles dans cette nébuleuse. Je pense que pour demain, le défi de la drum & bass sera de fuir le délire rave et d’adopter un format plus « pop » pour une reconnaissance réellement internationale.

Tu sembles bien éloigné de l’épicentre drum & bass londonien, est-ce un choix ?
Pas vraiment. Je me considère pourtant proche de tous les acteurs de cette scène, même si je ne vis pas à Londres. Je n’ai pas vraiment le temps de voir « la famille », nous voyageons tous beaucoup, bookings obligent. Mais c’est vrai que j’ai une réputation de sauvage, de lonesome cowboy. Je ne suis affilié à aucun crew, label ou autre et je m’en fous. Je butine ça et là, j’ai fait des morceaux pour Metalheadz, Formation, Renegade Hardware, Creative source, Moving Shadow et j’en passe… En fait c’est la situation parfaite : je tourne beaucoup, me pose pour écrire quelques morceaux. Liberté ! Le seul truc qui me manque aujourd’hui est une grosse résidence à Londres du type Fabric. Mais bon, ma carrière internationale me donne entière satisfaction…

En 2002 tu entames un virage à 180° avec ton label Nu electro, et le morceau « American Girls ». Ras le bol du 170 BPM ?
Pas tout à fait. Mais comme je le disais, j’ai voulu me faire plaisir en lançant des prod 100% electro avec une grosse influence 80’s. L’avénement de l’electro clash y est certainement pour quelque chose, mais ça faisait longtemps que ça me trottait dans la tête. Et puis c’est vrai, lorsqu’on fait tourner des beats à 140 BPM, il y a plus de détails : on entend les charleys, les synthés font partie intégrante des tracks, les basses typiquement d&b ont un effet ravageur à ce tempo ! Et puis ça m’amuse, c’est le plus important.

Peut-on parler parler vraiment d’electro ? Les beats que tu forges sont très mis en avant dans tes productions…
C’est exact. Je trouve les beats trop synthétiques peu convaincants. J’aime quand ça break un minimum !

Tu as sorti un bootleg du morceau de Marylin Manson « The new shit » à la sauce drum. Rock & roll forever ?
J’adore Marylin Manson, son esthétique, son look, sa musique. L’idée de ce remix m’est venu en écoutant la première fois l’intro de « The new shit », avec ce beat plutôt speed, proche de la frénésie drum. Je me suis mis sur mes machines illico. Ce track fout le feu quand je le joue en club. Pure idée non ?

Grave. Sinon, quels sont tes projets en prévision ?
Des remixes de S’Express, Robbie Craig, Digital Nation, Heaven 17, Howard Jones… Je tourne beaucoup aux Etats-Unis. Et Je bosse déjà sur mon prochain album.

John B « In transit » – Beta recordings
http://www.beta-recordings.com John B nomminé aux BT Digital Music Awards. Just vote !
http://www.btyahoo.com/dma06/best_electronic-dj_artist



Rebel Without A Pause
September 27, 2006, 8:40 am
Filed under: Hip Hop, Interviews

Bien plus qu’un band hip-hop américain à l’organisation un tantinet dadaïste – un « bouffon », un obscur service de protection et un prophète virulent -, Public Enemy a permis à la jeunesse hip-hop de puiser dans une musique brut de décoffrage la possibilité d’ouvrir son esprit. Que ce soit avec la puissance de leurs instrus ou la pertinence de leur discours, Public Enemy est un groupe qui a su inoculer la passion du son à toute une génération. Que reste-t-il des années Public Enemy ? Réponse de Chuck D himself lors de son passage à Paris le mois dernier.

Votre dernier album « New Whirl Odor » semble se rapprocher du son originel de P.E : phat beats, boucles incandescentes… Etait-ce voulu ?
Pas complétement. On n’a pas cherché pas à reproduire le son de tel ou tel album. Nous restons fidèle à nous même, nous n’avons que très peu changé notre façon d’écrire. Certes, le côté « raw » est très perceptible dans « New Whirl Odor », c’est peut-être dû à ce retour au coté Motown qu’on affectionne particulièrement au sein du goupe. Ceci dit, il n’y avait aucune volonté de notre part à vouloir « sonner » old school à nouveau. Je pense que chacun de nos albums sonnent plus ou moins différemment, chacun d’entre eux collant à une époque particulière. Considérons « New Whirl Odor » comme un photographie de notre époque, à un instant donné.

Quel regard porte tu sur le hip hop aujourd’hui ? Le côté revendicatif voire politique de cette musique ne s’est-il pas estompé ?
J’ai un regard assez contrasté sur cette scène au jour d’aujourd’hui. Mais tout dépend dont tu perçois cette musique : au Brésil ou encore en France, le côté politique du hip hop est toujours présent. Généralement, le hip hop reflète l’arrogance de son pays d’origine. On ne peut pas parler de scène hip hop mondiale : chaque pays a la scène hip hop qu’elle mérite.

« Power to the people and the beats », « Bring da beat back », « Hear the drummer get wicked », “The rhythm, the rebel”… Tous ces gimmiks ont longtemps illustré ta fascination pour le beat. Peux tu m’en dire plus à ce sujet ?
C’est notamment lié à mon histoire en tant que MC. J’ai longtemps tourné avec pléthores de DJs avant de former Public Enemy. Le DJ m’a permis de m’exprimer, d’affiner mon flow, de découvrir les subtilités du breakbeat via le funk, la soul etc. Le beat est le vecteur du message, c’est le médium ultime des propos que tout MC déverse. Le beat est la source.

Tu as formé un groupe de blues il y a peu…
Oui, c’était important pour moi de revenir aux sources. Le blues, la soul, le rock & roll sont des musiques qui ont généré ce que Public Enemy est aujourd’hui. L’émotion brute m’a toujours fasciné.

Public Enemy a été l’un des premiers groupes à croiser le fer avec des groupes de métal, et tu t’es personnellement impliqué dans la production de la B.O « Judgment Night » (qui compilait 11 tracks composés conjointement par un groupe de métal et de hip hop, NDLR). Le son rock est également très perceptible dans votre dernier album…
Oui, tous les membres de P.E sont des « rock heads ». Nous somme quasiment tous accros au son des guitares, Professor Griff a d’ailleurs une formation rock que l’on va signer sur Slam Jamz très prochainement. Le rock fait partie du Hip Hop, peu importe l’instrument que tu viens greffer sur tes lyrics, du moment que force et puissance se ressentent.

T’intéresses-tu à d’autres styles de musiques « non-estampillées » hip hop, mais qui s’en sont largement inspiré ? Je pense au Grime, à la Drum & Bass par exemple…
Oui bien sûr, je suis assez curieux des nouveaux styles musicaux qui émèrgent. Je reste cependant concentré sur Slam Jamz, notre label, véritable tête chercheuse de nouveaux talents hip hop aux quatres coins du monde. Mais je suis super ouvert : « Revolverlution » sonne un peu électro par moment, c’était voulu ! (rires)

Tu sembles être également impliqué dans le business de la musique digitale.
La musique au format digital peut permettre une rémunération juste et honnête pour les artistes. Mais surtout, elle permet aux artistes en herbe de s’émanciper du schéma maison de disques – producteur pour prendre son destin en main et diffuser sa musique au plus grand nombre. C’est un juste retour de choses : l’apparition d’un format révolutionnaire – le mp3- que les majors n’ont pas su dompter, qui permet une diffusion musical massive. Je pense que le digital peut permettre aux labels indépendants une reconnaissance égale aux majors. Et permettre à de jeunes artistes d’émerger en masse.

Quel est ton regard sur les récentes émeutes qui se sont déroulées en France ?
Chaque gouvernement a beau promouvoir la liberté, l’égalité des chances, mais les dirigeants demeurent des dirigeants. L’égo est souvent plus fort que l’intérêt général. Et ces récentes émeutes dans votre pays n’ont rien de surprenant.

Quels sont tes espoirs pour l’avenir ?
Que l’humanité ne s’autodétruise pas.

Tu crois en Dieu ?
Je crois en Dieu. Je crois en la Création, qui est à mes yeux la forme de Bien la plus pure. Et, par extension… je crois en moi.